C’est
dimanche, ou ce ne l’est plus…..
Je veux dire que pour moi, le dimanche a
toujours été un jour particulier. Comme j’ai été forcé d’aller à l’église toute
ma jeunesse, le dimanche était pour moi une trêve un moment de répit. Non
seulement étais-je propre et bien peigné mais en prime, il était rare de me
voir foutre une raclée par le monstre qui me servait de père alors que garçon.
Comme chaque dimanche, nous attendions que Monsieur le monstre ajuste sa
cravate et place ses huit cheveux avant de nous entasser dans le Galaxie 500 familial
pour le court trajet qui nous menait à l’église des Franciscains.
J’aimais
cet endroit. Contre toute attente, cette église était dépouillée de luxe. Pas
de vitraux ou the clinquant doré et encore moins de sculptures sorties d’un
film de cape et d’épée. Rien. Si, il y avait une croix. Une croix toute simple
et de bois, qui pendait à l’arrière de l’autel. Contrairement à l’église de
notre paroisse, celle-ci était humble et silencieuse. Si mon souvenir est bon
il n’y avait pas de quête, ce moment de stress, parce que tous voyaient ce que vous déposiez
dans le panier qui vous était tendu et bien sûr, si votre offrande était « courte »
le bedeau se faisait un plaisir de le souligner sur le parvis de l’église à la
vue et au su de tous! Ouais, j’aimais
bien cette église et puis il y avait Marie-France. Elle devait avoir seize ou
dix-sept ans et moi du haut de mes 10 ans, je fixais ses magnifiques seins sans
arrêt. Tellement qu’un jour, elle découvrit mon stratagème et c’est rouge comme
une tomate que je suis rentré à la maison ce jour là. Mon stratagème était tout
simple. Je laissais le monstre et le reste de la meute s’asseoir au banc
attitré car tout le monde s’assoyait à la même place et moi, je m’esquivais à
un de ces petits bancs de côtés qui eux faisaient face au gens qui suivent la
messe. De cette façon, je pouvais donc m’asseoir en face de la belle Marie-France
et ainsi profiter de son profil et de ses courbes.
Ben
vous savez quoi? Elle ne me tint pas rigueur cette chère Marie-France car bien
au contraire, elle semblait prendre goût à mes petites séances de voyeurisme.
Quand nous étions à genoux, elle ne se gênait pas pour appuyer sa magnifique
poitrine sur le dossier du banc qui lui faisait face sachant très bien, qu’elle
m’excitait au plus haut point! Mais bon, il n’y avait pas que Marie-France qui
m’attirait au rituel païen dominical, il y avait le bois.
Tout à côté de l’église, il y avait ce que
nous appelions le bois des Franciscains. C’était pour nous une mini-forêt dans
laquelle nous pouvions nous perdre en vélo ou à pied et y vivre des aventures
de toutes sortes. Le dimanche, une fois la messe terminée, tout le monde était
invité à descendre au sous-sol pour déguster un verre de muscat et surtout,
pour participer à une session de regarde-comme-je-suis-bien-habillé ou encore
de laissez-moi-vous-dire-ce-que-j’ai-fais-cette-semaine-à-titre-de-parfait-catholique.
Je détestais ces réunions absurdes et surtout d’entendre le monstre se
qualifier de ceci et de cela alors qu’il n’était qu’un monstre de haine et de
violence avec nous…. Mais bon, ces réunions étaient salutaires car par un
miracle divin, un des moines proposa au monstre de me laisser sortir pour aller
m’amuser dans le vois. Le monstre étant coincé et ne pouvant perdre la face, acquiesça
à la demande de ce moine bénit et hop! Je filais côté jardin pour m’évader dans
le bois fantastique. C’était un moment magique. Pas de supervision. La liberté
totale et croyez-moi, j’en profitais. Je me créais des histoires dingues du
genre; « Tu es perdu en forêt. Tu n’as pas d’eau, pas de nourriture et il
te faut survivre. Que fais-tu? »….. Tout était possible. Je pouvais être
un commando spécial en mission ou encore, un explorateur à la recherche de
trésors Mayas. Quand la chance me souriait, je pouvais y être une heure, des
fois plus! Quelle jouissance que de pouvoir crier de toutes mes forces sans que
personne ne s’alarme. Puis un jour l’impossible se matérialisa. J’entendis un
craquement, puis un autre. Quelqu’un ou quelque chose se dirigeait vers moi.
D’abord
j’eu peur. Pas le gros chien jaune! Je n’ai pas confiance en lui. Et si c’était
un maniaque? Personne ne saura ce qui est advenu de moi! J’aurai beau crier, je
pourrais mourir ici, là, maintenant et la bande d’imbécile qui sirote du muscat
n’entendrait rien. Mon cœur battait vite et mon souffle était court. Vite! Cache-toi
crétin. Tâche d’éviter d’être vu, tâche de
« Allo. »
Mon cœur s’arrêta de battre. Mes jambes me
lâchèrent et je tombai assis sur une souche en réalisant ce qui m’arrivait.
Elle était là, devant moi. C’était bien elle en chair et en os. Marie-France.
Ma
bouche était ouverte mais j’étais aphone. Elle portait un chemisier blanc
immaculé fort bien ajusté aux boutons dorés. Sa jupe Écossaise était retenue à
la taille par une large ceinture de cuir noir et alors qu’elle marchait vers
moi, je n’ai même pas réalisé qu’elle avait des jambes. Mes yeux étaient rivés
aux siens. De beaux grands yeux bruns qui m’intimidaient au plus haut point.
Une fois près de moi, elle écarta les jambes pour s’asseoir sur mes cuisses. Je
savais que ma dernière heure était arrivée. Mon cœur allait me sortir de la
poitrine. J’ai essayé de dire quelque chose mais elle posa sa main sur mes
lèvres. Je crois ne pas avoir cligné des yeux une seule fois. Quelle odeur elle
avait! Un parfum sucré et envoûtant. Depuis ce jour, je cherche cette fragrance
mais je ne trouve rien.
Marie-France souriait. Lentement, elle
approcha mes mains de sa poitrine. Mes mains tremblaient. Quand j’ai senti le
matériel soyeux de sa blouse, j’ai cru exploser. Ses seins étaient lourds et je
sentais très bien ses mamelons en bougeant ma main.
« PIERRE!
T’es où? »
Merde!
Me dis-je. C’est mon frère! Et hop! Fini l’aventure de la semaine. Fini ce
moment de liberté totale et ce fut et de loin, mon plus beau phantasme à vie
jusqu’à ce que mon frère ne pète ma bulle et mon rêve de par le fait même.
Ai-je embrassé Marie-France par la suite? Nan. En cessant les messes du
dimanche, je ne l’ai jamais revue mais je peux vous assurer d’une chose; Cette
grande fille peuplait mes rêves comme elle le fit lorsqu’assis sur cette souche
dans le bois des Franciscains. Elle était la femme idéale pour le jeune garçon
que j’étais. D’ailleurs je me demande à ce jour ce qu’elle est devenue.
Et
pourquoi les hommes qui boivent du lait voient-ils plus loin? Tout simplement
parce qu’après avoir bu un peu de lait Lactantia 2% ce matin, j’ai déposé l’objet
sur la table et réalisa qu’il m’était encore possible de lire les petits
caractères imprimés….
…..D’où
le titre.